C'est par la plus forte hausse depuis deux ans que la Bourse d'Istanbul a salué hier la décision, annoncée mercredi soir, de la Cour constitutionnelle de ne pas interdire le parti AKP au pouvoir. Les actions turques avaient abandonné 40 % depuis le début de l'année, notamment en raison des inquiétudes nées du recours du procureur général contre l'AKP, pour activités antilaïques et donc anticonstitutionnelles. Elles ont regagné 2,6 % hier, après un gain de 29 % depuis le début du mois en anticipation d'une décision favorable de la cour. La monnaie nationale, la lira, a aussi retrouvé des sommets ignorés depuis six mois. Et Citigroup a relevé de « sous-évalué » à « neutre » ses recommandations d'achat d'actions turques. En renonçant, de justesse, à dissoudre pour la première fois au monde un parti de gouvernement, la Cour constitutionnelle n'a pas réalisé le « coup d'Etat judiciaire » que les supporters du parti islamo-conservateur AKP redoutaient. Et a évité au pays une crise politique, voire économique. Le soulagement des milieux d'affaires était palpable hier à Istanbul, car l'AKP peut se targuer d'un bilan flatteur depuis son arrivée au pouvoir en 2002 ; la Turquie, désormais au quinzième rang mondial par le PNB, a vu son inflation ramenée à un niveau sans précédent depuis un demi-siècle, enregistré une croissance moyenne de 7 % par an et un quadruplement des flux d'investissements internationaux. Une vague montante d'entrepreneurs turcs, surnommés les « tigres anatoliens » est aussi proche de l'AKP, car issue des régions pieuses d'Anatolie.
La principale organisation patronale, la Tusiad, a estimé hier que la « démocratie turque a réussi un important examen de passage », tandis que l'économiste Seygettin Gürsel, de l'université de Galatasaray, estimait qu'une dissolution de l'AKP aurait provoqué un choc sur la lira, une poussée de l'inflation et une hausse des taux d'intérêt qui aurait affecté une croissance déjà retombée à 4,5 % l'an dernier.
En dissolvant l'AKP, la Cour constitutionnelle, qui a déjà interdit 24 partis politiques depuis 1962, aurait sans nul doute aussi gravement compromis les chances d'adhésion de la Turquie à l'Union européenne, qui a commencé ses négociations en 2005, quarante ans après le dépôt de sa première demande. En effet, l'Union attend de la Turquie qu'elle donne des gages sur le plan démocratique, et certainement pas que les juges turcs liquident un parti soutenu par 47 % des électeurs et n'ayant rien commis d'anticonstitutionnel ; le seul acte avéré du gouvernement en la matière étant le passage d'une loi rétablissant l'autorisation du port du voile islamiste à l'université, supprimée en 1970. Cette loi a été censurée par le Conseil constitutionnel le mois dernier.
Jean-Pierre Jouyet, ministre français des Affaires européennes, a estimé hier que la décision de la cour constitue un « immense
soulagement ». Bien que Nicolas Sarkozy soit personnellement opposé à l'adhésion de la Turquie, la France envisage d'ouvrir, au cours du semestre où elle préside l'Union, « deux ou trois
chapitres de négociations supplémentaires », a souligné Jean-Pierre Jouyet. Pour l'instant, 8 des 35 chapitres de négociations ont été ouverts et 18 sont de facto gelés, dont 8 en raison de la
non-reconnaissance de Chypre par Ankara.
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